Leur album précédent annonçait la couleur : « Fin de cycle ». Le trio de La Phaze a donc changé d’heure, et d’ère. Le temps très électro jungle du groupe est donc révolu, la guitare a pris de l’ampleur, et le discours s’est radicalisé : désormais, La Phaze est orienté franchement punk-rock, prenant la relève des BéruriersNoirs et rejoignant les rangs des artistes rebelles et engagés. Le rock, quoi. Ils ne sont pas les seuls, La Ruda par exemple a laissé tombé sa Salska pour rejoindre des riffs de guitares plus rageurs. La Phaze a donc déposé « Jungle man » sur le bord de leur route, et tout en conservant leur énergie primale (il faut les voir en concert, ils ne vous lâchent pas un instant, ça galope à donf’). Toujours en deux langues (anglais et français), La Phaze dénonce et conteste, guitares en avant. Et c’est bon. Ce disque-miracle commence comme une galopade punk à bride abattue, en phase justement avec le moral des ménages (au plus bas), mais refusant de déposer les décibels. Non mais. De quoi vous farcir les oreilles, mais pas seulement, et c’est peut-être là le miracle. La Phaze, je leur dirai peut-être un jour, ils ne sont jamais aussi bon que lorsqu’il pose le son et qu’ils lèchent les paroles. Et voilà qu’après trois morceaux puissants, arrive « La langue ». Une vraie chanson, calme comme un morceau de Ridan, par exemple, et qui d’un seul coup vous « déphaze ». On est branché sur courant alternatif. On tend l’oreille. On bat le rythme. On reste désobéissants avec la princesse rebelle du rap, Keny Arkana, qui vient rappeler « La cause », on part ensuite dans des parfums sociétaux (« Peine de vie » nous rappelle le débat sur l’euthanasie, et Chantal Sébire, cette femme atteinte d’un mal incurable, qui voulait mourir dignement et dont l’histoire s’est terminée de façon sordide par la sainte grâce du gouvernement), et deux superbes chansons anglo-saxonnes aux senteurs à la fois de Clash, de Spook and the Guay et de la Mano Negra. Ensuite vient un hymne à la ripaille digne des Garçons Bouchers, et une « Fièvre de l’exil » punk rockeuse où intervient des membres des sauvages de Gogol Bordello. Le disque se termine enfin en galopade plus gore et infernale qu’au début (avec un soupçon d’OTH du premier album, sur « Climax »). Mais qu’est-ce qu’il est moelleux, ce centre de l’album! En vitesse plus calme, moins gros son, mais musicalement plus goûteux que le reste. Et coloré, aussi. Et pourtant, toujours aussi puissant et pimenté. Riche d’influences toutes bien dosées, résolument rock et guitares. Mettre en Phaze, c’est dépiauter.
Monsieur l’ouïe
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La Phaze, « Miracle », chez Because music.







