Oh mamie Blue », chantait Nicoletta il y a perpète. Mais il y a perpète aussi, aux Etats-Unis, celles qui sont aujourd’hui les mamies du blues, les vraies, chantaient à droite à gauche cette musique black, au coin des rues, dans la cuisine ou dans des salles obscures. Totalement oubliées, aujourd’hui même, de cette culture de masse américaine qui formate et reformate la musique à l’usage de populations gavées de télés et de productions industrielles, bouffe, loisirs, et bien évidemment musique. Ces maies là n’ont même pas droit à des cacahuètes pour leurs vieux jours, et c’est presque tout naturellement une autre vieille chose (ce vieux continent qu’est l’Europe et ce vieux pays qu’est la France) qui ressort ce fantastique patrimoine musical des oubliettes de l’Amérique pour leur rendre la place qu’il aurait dû avoir dans la culture des States. La fondation Music Maker assiste depuis 20 ans ces laissés pour compte du blues américain, et surtout celles-là, ces bonnes femmes qui chantent le blues depuis quasiment leurs premiers pas. Aujourd’hui, certaines sont mortes, d’autres trouvent grâce à cette fondation (et au label français Dixiefrog) une nouvelle jeunesse, une nouvelle carrière. Témoin ce double CD des « Soeurs du sud », des vétéran(e)s du blues, des mamies blues, des vraies de vraies, au parcours chaotique mais à la passion intacte. Quatorze grandes dames oubliées des leurs que l’on découvre avec bonheur, dans tous les styles du blues. Feue Cora Fluker, fugueuse à 9 ans puis rattrapée et battue par son propriétaire blanc, et qui trouvera grâce à chanter dans les églises. Algia Mae Hinton, dernière d’une floppée de 14 enfants, et qui en aura elle-même sept, et qui prend sa guitare dès qu’elle a un moment de libre. Beverly Guitar Watkins, une sexagénaire attiffée comme Jimmy Hendrix qui chantait dans les rues. Feue Etta Baker, qui a fêté chez elle les 21 ans d’un certain Bob Dylan. Willa Mae Buckner, fugueuse à 13 ans pour rentrer dans un cirque, devenir femme aux serpents, gitane noire, strip-teaseuse comique, contorsionniste… Et bien d’autres dont certaines ont aujourd’hui plus de 80 ans, et parmi lesquelles la talentueuse Pura Fé, 49 ans à peine, fait figure de fillette. Une superbe compilation bien enlevée qui prouvera que ces mamies blues ont dynamisme et créativité.
Monsieur l’ouïe
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« Sisters of the South », double compilation chez Dixiefrog.








