Je ne suis pas bien, moi : alors qu’il paraît que 60 % des Français ne connaissent pas leur propre culture, et voilà que je vous parle de musique roumaine. Mais bon, charité bien ordonnée commence par les autres. Et puis, quand on pense au tango, on a plus dans la tête Buenos Aires que Bucarest. Mais après tout, la Roumanie est un pays latin comme les autres, et avec Oana Catalina Chitu (prononcer Kitsu), elle le fait savoir. Dans les années 30 (1930, pour les plus jeunes : une peille, quoi), on dansait bien le tango, un tango typique mais authentique, où l’on ressentait derrière la retenue du tango toute la fougue de la musique des Balkans. Oana réunit tout ça : lassée de la musique à bon marché venue sous cellophane depuis l’Occident, la petite campagnarde préférait écouter de vieux 78 tours de Maria Tanase, surnommée la Piaf roumaine. Et puis comme c’est une fille moderne, elle met tout ça à la sauce d’aujourd’hui, et cela donne un fort beau joli spectacle musical, même sans l’image. Glamour, tango et bon tango, musique traditionnelle, jazz, blues, voix chaude, ample, pleine et parfois rock. Avec tout ça, on n’a que l’embarras du choix, au fil des chansons : s’enflammer sur une cavalcade de percussions balkaniques ou dodeliner du chef devant cette musique empreinte d’âme, une âme féminine de plus, comme ailleurs Amalia et son fado, ou Oum Kalsoum, ou en France… euh… des chanteuses québécoises ? Ah, oui, Piaf, et Maria Tanase, et Oana Catalina Kitsu. Pour enfin arriver à vous dire que ce tango de Bucarest est mélancolique et inspiré : ces chansons d’un autre temps, du temps où l’on dansait dans les cafés, cette musique de l’est qui vous entraîne, un tango qui vous ramène, un air de jazz, des envolées de piano, d’accordéon, de violon, une jolie Roumaine en robe de « seniorita », avec une voix entre cuir et velours. Un album très class, vraiment, et avec une raie manta sur la pochette.
Monsieur l’ouïe
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Oana Catalina Chitu, « Bucarest Tango », chez Abeille Musique.








