Compilation « Indian Rezervation, blues and more »

C’était l’évidence même, mais ça n’était pas dit. C’était même oublié dans un coin, à l’instar de ces réserves indiennes où les enfants de Custer avaient enfermé les « peaux rouges », ces seuls habitants originels de ce « pays de liberté » que l’on nomme Etats-Unis, les indiens d’Amérique. Pourtant, ceux que l’on appelait parfois là-bas les « nègres rouges » restent, en toute discrétion, l’âme du pays. Et cette âme transparait dans les arts, où il en faut une, nécessairement pour les pratiquer. Et dans la musique venue des United States, du Canada jusqu’au Mexique, pour peu qu’on s’y penche dessus, le grand Manitou n’est pas loin, la respiration même du continent s’y dessine. Cette compilation de 3 CD, habitée de chansons créées par des représentants des nations indiennes, vous en donnera une preuve flagrante. Pièce d’oeuvre de cette nécessaire compilation, il y a la belle Pura Fe’ (1) , indienne tuscarora, qui a participé à son élaboration. Pour elle, il n’y a aucun doute : « Notre rouge pays natal (…) a accueilli l’Afrique noire déracinée, a planté des graines, et, surgi des blessures de l’âme, est apparu le blues (…) L’indien appartient à l’équation du blues ».
Après l’écoute de cette très riche compilation, ça ne fait plus aucun doute. Et l’on entend ensuite, dans n’importe quel solo de guitare d’un morceau du genre, tel ou tel chant indien, avec de troublantes similitudes, les mêmes intonations, les mêmes modulations, la même traduction non seulement de la douleur, des souffrances de peuples dont on fit couler le sang, mais aussi cette quête et cette ôde à l’espace et à son « grand esprit’. Et ce n’est pas seulement dans le blues que l’âme indienne s’exprime, mais aussi dans toutes les autres musiques qui nous viennent des States, dans le rock, le funk, le hip hop, le gospel, et même la country music, cette musique dite des cow-boys. C’est dire. Toutes ces musiques sont ici présentes, et viennent de membres des nations sioux, navajo, anishinabe, cree, apache, mohawk, comanche et bien d’autres. Vous aurez ainsi l’impression d’entendre tous les genres musicaux venus d’Amérique du Nord, et c’est ainsi qu’il faut l’entendre. Cette musique US occidentale que nous écoutons ici ne l’est décidément, fondamentalement, pas. Une compilation indispensable.

Monsieur l’ouïe

Écouter l’album

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Compilation « Indian Rezervation, blues and more », chez Dixiefrog.

5 années ago byin ChroniquesYou can follow any responses to this entry through the | RSS feed. You can leave a response, or trackback from your own site.